Videosurveillance-sabrieu

Il est désormais communément admis que la vidéosurveillance des lieux ouverts tels les places, marchés ou rues, est sans effet sur la sécurité.

Toutes les études, essentiellement anglo-saxonnes, démontrent que non seulement elle ne fait pas baisser le nombre d'incivilités mais que de surcroît, elle n'apporte qu'une contribution très limitée, de l'ordre de 3%, à l'identification des auteurs d'infractions.

Le constat est d'autant plus accablant que la technique coûte cher. De l'ordre de 1 million d'€ pour l'installation d'une trentaine de caméras et de 3 à 400 000 € pour leur fonctionnement annuel. Ce n'est pas la contribution de l'État, limitée à 50% du montant investi, qui modifie significativement les choses.

La vidéosurveillance a pourtant acquis une telle légitimité politique et sociale que l'engouement des maires ne se dément pas.

Les incitations politiques et financières de l'État et la nécessité de "faire quelque chose" pour calmer l'exaspération des citoyens face à la montée de la délinquance y sont pour beaucoup.

C'est dans ce contexte que la municipalité de Bastia est pressée à son tour par l'État d'installer des caméras dans les lieux sensibles.

Et la pression est d'autant plus forte que notre ville, très paisible jusqu'ici, est confrontée à une réelle augmentation de la délinquance. De tous les quartiers sans distinction montent crescendo des signalements de violences, vols, insultes, agressions, vandalisme ou tapage !

Or, l'une des causes principale de ce phénomène est connue ; c'est le recul de l'État. Ainsi le commissariat de Bastia a perdu 70 fonctionnaires de police en 5 ans, alors que dans le même temps, sa zone de compétence a doublé. C'est le fruit aberrant de deux politiques nationales convergentes : la réduction programmée des effectifs de la fonction publique et le rapprochement police-gendarmerie.

La fonte des effectifs est telle qu'une seule patrouille de nuit est désormais censée assurer la sécurité de 70 000 âmes sur un territoire qui s'étend de Brando à Biguglia.

Inutile de dire que cela engendre un sentiment de quasi-impunité pour les fauteurs de trouble qui favorise leur passage à l'acte.

Et ce ne sont pas les "gadgets répressifs" tels par exemple, les centres de rétention pour mineurs, les peines plancher pour les récidivistes ou encore les lois anti-bandes qui peuvent les freiner un tant soit peu.

Faut-il dans ces conditions installer des caméras de surveillance à Bastia ?

Si habituellement la question se pose simplement en termes financiers et de libertés individuelles, ici s'ajoute une dimension spécifique. Installer une vidéosurveillance dans le contexte actuel reviendrait non seulement à cautionner une politique néfaste pour Bastia, mais aussi à accepter par avance d'endosser la responsabilité politique d'un échec assuré.

Inutile de préciser ma réponse, elle est évidente.

Elle conduit à ouvrir le débat avec la population sur la manière dont l'État assume sa responsabilité première : la sécurité des citoyens et le maintien de l'ordre public. Un débat sur le décalage entre les déclarations politiques très martiales du Gouvernement et l'absence de moyens concrets sur le terrain pour les mettre en œuvre.

deux liens utiles :

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/03/23/videosurveillance-un-rapport-biaise/
http://bugbrother.blog.lemonde.fr/category/videosurveillance/