Répondant à un questionnaire de Gilles Millet pour le magazine Corsica, j’analyse la controverse qui a suivi la déclaration de Manuel Valls sur la violence en Corse.

Les déclarations de Manuel VALLS reliant la « violence » à la « culture » corse ont provoqué des réactions indignées, aussi bien à droite (Laurent MARCANGELI) que chez les nationalistes (François ALFONSI, Jean-Guy TALAMONI). Qu’en pensez-vous ?

Voilà près de 2 mois que ces propos ont été tenus par Manuel Valls à la suite de l’assassinat de Jean Luc Chiappini ; les remettre en relief aujourd’hui ce serait donner de l’importance à une controverse stérile nous éloignant du véritable sujet : la violence ! Cette violence dont personne ne peut contester qu’elle est enracinée dans notre société et qu’elle est en train d’en miner les fondements humains et culturels.

Quant à l’opposition, elle aurait été plus audible si, comme nous l’avons fait nous mêmes à plusieurs reprises, elle avait également demandé des comptes aux gouvernements précédents. Si elle s’était inquiétée du démantèlement du pôle économique et financier de Bastia ou de la réduction drastique des moyens affectés aux enquêtes et à la justice. Brice Hortefeux et Claude Guéant, les prédécesseurs de Manuel Valls place Beauvau, n’ont peut être pas suscité de polémiques mais quel est leur bilan contre le crime organisé en Corse ?

Fallait-il voit dans ces propos une maladresse de langage (s’il avait relié « violence » et « société » corse, tout le monde aurait sans douté été d’accord) ou une sorte de stigmatisation des corses ?

Manuel Valls a dénoncé l’enracinement de la violence dans la société Corse, non pour stigmatiser les corses ou pour dédouaner le gouvernement comme d’aucuns voudraient le faire accroire, mais au contraire pour justifier les moyens humains, financiers et opérationnels exceptionnels que l’État mobilise dans notre île.

Le gouvernement a notre confiance et nous saluons les efforts déjà réalisés tout en demandant qu’ils soient poursuivis et intensifiés. De même, nous demandons qu’il consacre plus de moyens pour lutter contre la petite délinquance et le trafic de drogue. Rien ne serait pire que de négliger ce fléau dont les passerelles avec le banditisme sont évidentes.

Notre groupe a été très clair sur la violence : il jugera le gouvernement aux actes, aux résultats. C’est ce que j’ai indiqué à deux reprises au ministre de l’intérieur lors des rencontres organisées à la CTC.

Que pensez-vous, par ailleurs, de sa mise au point sur la langue française à propos de la coofficialité réclamée par une majorité de conseillers territoriaux corses ? Vous a-t-elle choquée ?

Manuel Valls a rappelé les réalités constitutionnelles et politiques du pays sur la question linguistique. C’était son devoir de le faire. On peut faire semblant d’être étonné mais nous savons tous qu’elles sont incontournables.

Je préfère ce discours clair, qui dit la vérité aux corses, à celui qui aurait consisté à tenter de les endormir en leur servant des promesses impossibles à tenir.

Au plan stratégique il faut sortir du blocage en reprenant ce dossier pour l’inscrire dans le cadre du statut des langues régionales promis par François Hollande. Ce n’est pas une voie facile mais il y a un engagement politique du président de la république, un engagement pris devant tout le pays et devant la Corse en particulier.

Notre groupe continuera à œuvrer dans cette direction car c’est la seule qui permettra d’obtenir un accord politique national pour promouvoir le bilinguisme dans la société corse.

Les réactions de défiance à l’égard du Ministre de l’Intérieur, que l’on a même comparé à CHEVENEMENT, vous paraissent-elles justifiées ?

Je crois Manuel Valls sincère et déterminé. Il est à la tête d’un ministère à qui l’on demande beaucoup dans une période où le pays est en proie au doute. Dans ce contexte la seule question qui devrait nous préoccuper est de savoir si les autres tâches lui laissent suffisamment de temps et d’énergie pour s’occuper pleinement de la violence et du développement de l’île. Tout le reste devrait être sans intérêt.

Plus généralement, comment jugez-vous l’action entreprise en Corse par Manuel VALLS ?

Son action est indissociable de celle du gouvernement et même s’il est trop tôt pour tirer un bilan, j’ai le sentiment qu’elle va dans le bon sens.

Je note qu’au plan de la sécurité et de la justice, les moyens humains, financiers et opérationnels ont  été renforcés et que cette détermination a déjà produit des résultats. Cependant, nous savons tous qu’il reste beaucoup à faire.

Mais puisque l’on évoque l’action de Manuel Valls au sein de ce gouvernement il faut aussi parler de développement et rappeler que notamment qu’au plan financier l’effort de l’État a été maintenu alors que partout ailleurs il a fondu à cause de la crise financière.

La meilleure démonstration c’est justement Manuel Valls qui l’a apportée en signant la 3ème tranche du PEI. En 10 ans ce sont près de 2 milliards d’euro (30 % de son PIB) qui auront été injectés dans l’économie insulaire.