François Tatti Interviewé par Jean Marc Raffaelli, pour Corse Matin, sur sa vision des débats et des réformes à venir.


Portrait baldocchiVous étiez le seul groupe de l'assemblée de Corse à ne pas être présent aux Journées nationalistes de Corte. Vous avez décliné l'invitation au dialogue ?

Les organisateurs ne nous y ont pas conviés, on peut se demander s'ils ont craint notre refus ou notre participation.
Plus sérieusement, l'espace de dialogue par excellence c'est l'Assemblée de Corse où nous discutons de tout et avec tous, sans exclusive. C’est dans ce cadre démocratique que nous débattons avec un esprit positif en défendant les idées et les valeurs qui, à notre sens, peuvent fonder un avenir durable pour notre île et sa jeunesse.


Donc non, je ne décline pas le dialogue, au contraire je considère que c'est par le débat que l'on fait progresser une société.

Alors dialoguons, pour ou contre la citoyenneté corse ?
Si le souhait est vraiment de travailler aux projets qui peuvent faire consensus en Corse et à Paris, il faut éviter de remettre sur le métier des sujets tels que la citoyenneté corse ou la reconnaissance juridique du peuple corse. Ce sont des notions liées à un projet indépendantiste et si elles sont respectables, elles n'apportent aucune réponse aux problèmes d'emploi, de logement ou de transport auxquels les corses sont confrontés.
D'ailleurs, ce n'est pas cela qui est en débat, mais la notion de statut de résident pour lutter contre la spéculation immobilière.

Justement, quelle est votre position sur le statut de résident ?
C'est un vrai sujet et notre groupe pourrait accepter de voter en faveur d'un statut de résident à caractère fiscal destiné à surtaxer les résidences secondaires n'appartenant pas à des résidents corses. Mais en aucun cas, il n'acceptera que ce soit une manière pour certains de réintroduire l'idée d'une citoyenneté corse. Ce qui serait le cas avec un statut subordonnant le droit de propriété à une période de résidence de 10 ans. Il appartient à chaque mouvance politique de faire des efforts pour sortir des débats idéologiques afin d’avancer sur des sujets concrets.

Pour ou contre le statut d'officialité de la langue corse ?
Personne ne peut ignorer les évolutions profondes de notre société et ses attentes de plus en plus fortes en matière culturelle et linguistique. A titre personnel, je suis favorable à un statut de la langue corse à la condition qu'il soit adapté à nos réalités linguistiques et que l'on ne plaque pas un projet conçu ailleurs pour une autre région.
Ainsi, je souhaite qu'une étape nouvelle soit franchie dans le domaine de l'éducation car les progrès enregistrés jusqu'ici ne sont pas suffisants. Plus largement, je suis favorable aux évolutions à la condition d'éviter toute forme de discrimination, notamment à l'emploi. Et si je suis aussi prudent c'est que beaucoup de Corses, probablement la majorité, n'ont pas la chance de parler notre langue, et il ne faut en aucun cas leur donner un sentiment d'exclusion.
Vous constaterez que notre sensibilité est prête à évoluer sur cette question sans se renier. Que les autres formations en fassent de même si elles souhaitent vraiment trouver un compromis.

Quels compromis êtes-vous prêt à consentir pour voter le projet qui doit déboucher sur la réforme constitutionnelle ?
Tout d'abord, je rappelle que le programme électoral de la Gauche au second tour des élections territoriales de 2010 ne comportait aucun projet de réforme constitutionnelle. Par conséquent, il faudra réunir la Gauche Républicaine et le PRG dès que le projet sera connu courant septembre pour en discuter et éviter toute cacophonie sur un tel sujet.
Je défendrai une approche  positive et exigeante car ma volonté n'est ni de réformer pour le plaisir, ni de bloquer toute initiative.

Compte tenu des déclarations de François Hollande et de Claude Bartolone plus récemment, ce n'est pas voué à l'échec ?
Voué à l'échec, peut être pas, mais très difficile assurément. Ce qui est certain, c'est que sans consensus au plan local, aucun projet ne prospérera au parlement.
Dans ce contexte, malgré son petit nombre d'élus, la voix de notre groupe pèsera fortement au sein de la majorité régionale et de hémicycle.
Et je suis persuadé qu'elle comptera d'autant plus si, comme nous l'avons fait pour le vote sur le PADDUC en juillet, nous parvenons à poser des garde-fous en nous inscrivant dans une démarche positive.

Emile Zuccarelli étant devenu silencieux sur tous ces sujets, ce n'est pas une façon pour vous de prendre sa succession… avant l'heure ?
Absolument pas. Mais c'est vrai qu'il s'exprime moins et que sa voix manque dans le débat.