Tatti-dechets-baldocchi-originalDans une interview donnée à Jean Marc Raffaelli sur Corse Matin, je fais un point sur l'action du SYVADEC en ce début d'année 2012 afin de repositionner ce dossier au plan financier et politique.

En mesurant les résultats positifs mais aussi en pointant les futurs enjeux de réduction des déchets, de développement du tri sélectif et de stabilisation des coûts pour les ménages. Avec un focus particulier sur la question de la TGAP, cette taxe écologique qui frappe chaque tonne de déchets mise en décharge ou incinérée qui cette année va augmenter de 11€ supplémentaires.

Au final elle aura quadruplé entre 2008 et 2014 et représentera 40% du coût du traitement final des déchets résiduels.

A noter qu'en 2008 j'alertais déjà les autorités sur l'impact négatif de l'écofiscalité en Corse dans un article publié par Corse Matin L'écofiscalité risque de coûter très cher aux ménages corses… Corse Matin 28 décembre 2008

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Que répondez-vous aux élus préoccupés par les coûts de traitement annoncés pour 2012?
Les adhérents savent que si l'Assemblée Générale du SYVADEC, unanime, a voté une augmentation de 10% de ses cotisations en 2012 c'est essentiellement à cause de la nouvelle hausse de la TGAP qui aura triplé en 4 ans. Et pour une faible part elle permettra de couvrir les investissements des services de transfert et de recyclerie.


Est-ce au moins la dernière hausse prévue ?
Hélas non mais ce n'est pas de notre fait. Une nouvelle augmentation de 11€ par tonne résiduelle s’imposera en 2015 pour couvrir la dernière majoration de la TGAP prévue au Grenelle de l'environnement.
Cela commence à faire beaucoup. A terme, cette fiscalité pourrait peser 40% du coût du traitement des déchets résiduels. Notre mission était déjà suffisamment difficile sans que l’Etat nous fasse jouer le rôle du percepteur d’impôts !

C’est une fiscalité écologique, qui a quand même son intérêt pour inciter à changer de comportementSyvadec tgap
Oui mais il est anormal qu’une grande partie du produit de cette fiscalité soit utilisé hors de Corse alors qu’en principe la fiscalité écologique est neutre pour les ménages d’un territoire. C’est la raison pour laquelle je demande depuis des années la régionalisation de cette taxe.

Cette fiscalité était annoncée, avez-vous suffisamment anticipé ?
Si nous n’avions pas anticipé nous serions dans une situation impossible. Nous avons contenu les coûts du traitement créant nos centres de stockage et notre réseau d’équipements, en rationalisant les transports et en développant des filières de recyclage. Au final nous avons même permis de créer 180 emplois locaux.

Quels résultats significatifs avez-vous obtenu au plan financier ?
Cela nous a permis de diversifier les recettes en drainant les soutiens des éco-organismes et en vendant les matériaux triés (métaux, plastiques,…), ce qui  représente aujourd’hui plus de 12% de notre budget. Songez qu’en 2007 Eco-Emballages ne reversait que 150 000 € alors qu’en 2012 les produits approcheront les 3 millions d’€.
Si nous n’avions pas fait tout cela la cotisation de base aurait été multipliée par 2 !

Etes-vous complètement satisfait du résultat ?
Je l’aurais été totalement si, durant la même période, les coûts des transports n’avaient pas augmenté de 30% et ceux du stockage privé de 41% ! Sans ces hausses excessives nous aurions pu absorber la fiscalité nouvelle sans la répercuter sur les ménages.

Ces questions financières entament-elles la lisibilité de votre action ?
Cela complique notre tâche sans pour autant la freiner, il faut mesurer le chemin parcouru en seulement 4 ans ! Je vous rappelle qu’en 2008, on ne s'interrogeait pas vraiment sur les coûts, mais sur l'absence de solutions avec des décharges sauvages comme seule alternative à la saturation du centre de Tallone. Après le rejet de l’incinération, la Corse ne savait pas ce qu’elle allait faire de ses déchets, elle s’exposait au risque d’avoir à les transférer sur le continent à des coûts prohibitifs.

C’était quand même votre choix d’abandonner l’incinération même si vous l’avez fait sous la pression des écologistes ?
Bien souvent la Corse est paralysée par les oppositions et on ne compte pas les dossiers qui s’enlisent. Vous observerez que nous ne sommes pas contentés de prendre acte des difficultés, nous avons trouvé des solutions techniques alternatives et nous les avons mises en œuvre avec détermination. L’Etat et la Collectivité Territoriale de Corse nous ont accompagnés et nous avons transformé cet échec annoncé en réussite. Aujourd’hui on peut affirmer que la Corse a rattrapé son retard et dans certains domaines elle se compare avantageusement à d’autres régions.

Mais votre action ne concerne pas toute la Corse, la CAPA n'est toujours pas membre du SYVADEC.
Il est vrai que nous n'avons pas réussi partout, cela n'a été possible qu'avec les territoires qui ont joué le jeu de la solidarité régionale. Et dans ce domaine comme dans bien d'autres personne ne peut réussir seul, isolé. Il fallait créer la solidarité financière et surtout solidarité politique entre les populations des différents territoires pour surmonter les écueils, solidarité entre territoires riches et les pauvres, littoraux et de l'intérieur, urbains et ruraux.
Syvadec périmètre en vert
Vous nous assurez qu’il n’y aura plus de risque de pénurie de traitement ?
Aujourd’hui nous avons dépassé ce stade. En 2012, pour ne citer que l’essentiel, nous prévoyons les travaux de mise aux normes du centre de stockage de Cervione, le 3me, du quai de transfert de Teghime et nous travaillons à la mise en place d’une nouvelle filière de recyclage, celle des meubles.

Ce travail suffira t’il pour conserver l’adhésion des communes et des ménages ?
Ce travail était nécessaire mais je suis bien conscient qu’il n’est pas suffisant. Aujourd’hui il faut aller plus loin,  travailler à la prévention pour éviter de produire des déchets et aussi au développement du tri sélectif. Songez que nous recyclons 25% de nos déchets et que le Grenelle de l’Environnement nous impose un taux de 45% en 2014.

Un objectif que vous serez en mesure d'atteindre ?
Clairement non, mais nous allons tout faire pour nous en approcher et le SYVADEC y aidera. La balle est désormais dans le camp des collectivités en charge de la collecte, elles devront faire des efforts considérables pour développer le tri et réduire les frais de collecte.
Cela ne se fera pas sans l’implication d’un nombre plus important de Corses. Il y va de notre environnement mais aussi de notre porte-monnaie.

La TGAP c’est quoi ?
La taxe générale sur les activités polluantes (TGAP)
est fondée sur le principe du pollueur payeur. Cette taxe doit inciter au recyclage en augmentant le coût de l’enfouissement ou de l’incinération ; sa recette est affectée au financement des actions qui visent en priorité à réduire la production de déchets. En Corse, elle pourrait représenter en 2015  8 M€

Mémo SYVADEC 
246 communes Syvadec population
242 630 habitants DGF  
Budget annuel (2012) : 27 M€
Activité : traitement : 146 400 t dont 25 % de recyclage
Comité Syndical : 51 élus Agents : 42
Cotisation des adhérents en 2012
Cotisation de base 119 €/t
Cotisation recyclerie 36 €/t
Cotisation transfert 18 €/t