Assemblee-de-corse Voici le texte de la question orale et la réponse qu'au nom de mon groupe j'ai posée à Paul Giacobbi  le 28 octobre dernier à la session de Assemblée de Corse.

"Monsieur le Président du Conseil Exécutif,

Depuis quelques années, la Corse est confrontée à la montée d’un nouveau phénomène d’insécurité. Il ne s’agit pas ici de grand banditisme ou de terrorisme, phénomènes abondamment étudiés, mais de violences plus ordinaires : incivilités, agressions, vols, tapages, insultes ou dégradations de tous ordres. Ces actes ne font pas nécessairement la une de la presse, mais pourtant ils se multiplient, en particulier dans les quartiers urbains et périurbains de l’île, même si l’intérieur n’est pas totalement épargné.


Le désarroi de nos concitoyens est réel devant des faits de plus en plus graves et fréquents qui, bien souvent, impliquent des adolescents ou des jeunes adultes de toutes origines. Je pourrais multiplier les exemples d’actes qui étaient exceptionnels il y a encore quelques années, et qui sont désormais totalement banalisés. La Corse n’est pas épargnée par un phénomène que nous pensions réservé aux grandes villes ou aux banlieues lointaines. Ici aussi, et il faut en être conscients, nous connaissons une dérive très grave, qui fragilise les relations humaines et sociales. Nous glissons d’une société solidaire, de proximité, basée sur le respect de l’autorité, vers une autre société, celle du chacun pour soi, de la peur et du repli.

Ce désarroi est d’autant plus profond que la réponse de l’Etat en Corse n’est pas à la hauteur des enjeux. Au-delà de l'école, l’insertion ou l’emploi, qui sont autant d'éléments essentiels de la chaine de sécurité et sur lesquels il y aurait aussi beaucoup à dire, il y a défaillance sur les misions régaliennes : l’affirmation de l’autorité de la loi et le respect de la règle de vie sociale. Les prises de position du chef de l’Etat et la multiplication des textes répressifs ne parviennent plus à masquer une réalité très dégradée.

Aujourd’hui, ni les services de police, ni ceux de la gendarmerie, ne sont en mesure d’assurer l’indispensable présence de l’autorité sur le terrain, ni d’effectuer le travail de prévention quotidien au contact des populations, ou d’apporter une réponse rapide et adaptée aux situations sans attendre qu’elles dégénèrent. Dans ces conditions, le sentiment d’impunité s’installe et la règle n’existe plus ou devient très théorique.

Les personnels ne sont pas en cause, c’est la politique du chiffre et la gestion des effectifs qui sont en grande partie à l’origine de cette dégradation. Songez qu’à Bastia, en quelques années le commissariat a perdu une cinquantaine postes alors que, dans le même temps, son périmètre d’intervention a été largement étendu ; désormais, une seule patrouille de nuit couvre un territoire de 70 000 habitants sur une distance de plus de 20 km. Dans ces conditions, il faut être d’un naturel particulièrement optimiste pour demander l’intervention de la police la nuit pour régler un problème de délinquance ordinaire.

La sécurité publique n’est pas en soi une compétence de la Collectivité Territoriale de Corse, mais peut-on fermer les yeux sur une situation aussi critique ? Peut-on laisser l’Etat se désengager ainsi et renvoyer dos à dos citoyens et élus locaux sans réagir collectivement ? Ma sensibilité de Gauche commande que l’on intervienne d’autant plus vite et plus fort que les principales victimes de ces situations sont très souvent les plus fragiles d’entre nous.

Considérant cette situation préoccupante, quelles initiatives envisagez vous de prendre pour demander à l’Etat de faire la clarté sur la gestion des effectifs de police, de gendarmerie et de justice dans l’île, et l’amener à réviser sa politique de sécurité ?"

Téléchargement Réponse de Paul Giacobbi