Corse-04534-cci_de_bastia L’examen de la question du siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Corse par l’Assemblée de Corse, avec cette longue interruption de séance, le bref débat et enfin la décision de report d’un mois, a suscité de légitimes interrogations dans l’opinion publique.

Des éclaircissements s'imposent.

S’il a été chaotique, cet épisode n’est en rien fâcheux, ni pour la majorité, ni pour l’Assemblée de Corse. Quand un problème est réel et profond, il vaut mieux qu’il soit connu de tous plutôt qu’étouffé en coulisse ou passé sous silence.

Car à travers le choix du siège de la CCIC, c’est la question du déséquilibre territorial de la Corse qui doit être posée et il n’est pas sain que cette problématique continue à être ignorée.

J’ai déjà eu l’occasion, avec d’autres, de dire qu’il n’était pas acceptable qu’avec 20 000 habitants de moins que la Haute-Corse, la Corse-du-Sud compte 2500 agents publics ou parapublics de plus !


Qu’il n’était pas normal que, depuis des décennies, la plupart des organismes régionaux soient implantés à Ajaccio ou en tout cas en dehors de Bastia. Je pourrais citer pêle-mêle : Assemblée de Corse, ATC, OTC, OEC, ADEC, France3, INSEE, Météo, PNRC, ONF, ASSEDIC, Trésorerie, Rectorat, ANPE,CRAM, AFPA, ARS, ADEME, Université, CRDP, Musée de la Corse, cinémathèque, CCM, Creps, CCA, Via Stella,… et toutes les directions régionales des services de l’Etat.

Avec seulement la Cour d’Appel, le TA, RCFM et deux offices, Bastia est la grande oubliée de la décentralisation.

L’injustice est patente et pourtant elle est superbement ignorée depuis des décennies. Pire, à chaque fois que les élus nordistes ont voulu ouvrir le dossier, le débat a été refusé, escamoté, déclassé en querelle de clochers.

Le dossier de la CCIC ne fait pas exception à la règle. A commencer par le débat qui ne se serait pas nécessairement tenu si nous n’avions insisté fortement. Nombre d’élus auraient volontiers laissé le soin au gouvernement de décider à leur place. Ce qui est pour le moins curieux pour des représentants, doit-on le rappeler, de la collectivité la plus décentralisée de France !

Les termes du problème sont pourtant simples, on peut les résumer par 3 questions :
•    Y a-t-il un déséquilibre territorial au détriment de Bastia et la Haute-Corse ?
•    Le poids économique de Bastia lui permet-il de revendiquer le siège de la CCIC ?
•    La fixation du siège à Bastia est-elle compatible avec le bon fonctionnement de l’outil ?

L’alternative est alors la suivante : il faut opter pour Bastia si la réponse est oui à chacune de ces 3 questions, pour Ajaccio si la réponse est non à une seule d’entre elles.

Car le choix se situe bien entre Bastia et Ajaccio. Toutes les autres solutions sont sans intérêt pour la Corse ; elles ont été proposées pour occulter le débat de fond. Celles qui consistent à opter pour Corte, respect gardé pour nos amis du centre corse, ou pour un siège tournant entre Bastia et Ajaccio, sont de simples opérations de diversion. Elles ont l’apparence de l’équilibre alors qu’elles contribuent à accentuer le déséquilibre, l’apparence de la sagesse alors qu’elles sont inapplicables et desserviraient l’institution consulaire régionale.

Ce sont des postures qui permettent de critiquer le prétendu «campanilisme» des Bastiais et de vilipender les élus consulaires « incapables de s’entendre sur le siège ». Comme s’il appartenait à chaque organisme de trancher en son sein une question qui touche à l’aménagement du territoire de l’île, alors qu’il s’agit de l’une des principales compétences de l’Assemblée de Corse.

Tels sont les termes du débat que nous n’avons pas réussi à faire entrer dans l’hémicycle vendredi dernier et qui ont motivé la demande de report au 27 juillet prochain.

Chacun comprendra qu’un mois supplémentaire ne sera pas de trop pour poser les bases d’une délibération responsable qui grandisse l’institution au lieu de la ridiculiser. Pour que tous les Conseillers Territoriaux, quelle que soit leur origine géographique, intègrent bien que la répartition équitable des services et des centres de décisions sur le territoire est un enjeu majeur de justice sociale. Cela est d’autant plus vrai dans une région comme la notre où le poids des organismes publics est prépondérant.