Ferrari-oujailaissemoname Avec « Où j'ai laissé mon âme » Jérôme Ferrari signe un ouvrage puissant, d'une grande force poétique.
Il raconte deux hommes, victimes de la torture Viêt Minh, qui se muent à leur tour en bourreaux tortionnaires durant la guerre d'Algérie. Deux hommes qui obéissent à la cruelle mécanique de la guerre, qu'ils font et qu'ils subissent avec humanité, courage, orgueil et souffrance. Un témoignage repris dans le titre du roman dit cette souffrance mieux que je ne pourrais le faire : « Je ne crois pas avoir perdu mon honneur en Algérie mais j'y ai laissé une partie de mon âme ».

Ce jeune professeur de philosophie s’affirme comme l’un des tout premiers écrivains de sa génération : il y a vraiment un style Ferrari.

Comme dans ses précédentes publications la Corse est très présente dans cet ouvrage. On ne peut pas dire qu'elle pèse sur le roman mais elle lui donne certainement une densité particulière. Cela fait-il de Jérôme Ferrari un écrivain corse ? Une question à laquelle il a lui-même répondu dans une interview de 2009 :

« La question serait plus facile s'il était possible de savoir avec précision ce que signifie « littérature corse » . Il est d'ailleurs tout aussi délicat de savoir de quoi on parle quant on se réfère à la littérature « française ». S'il s'agissait d'une simple question de localisation, il n'y aurait pas de problèmes. Mais ce n'est bien sûr pas le cas. L'adjectif « corse » a généralement en Corse, comme sur le Continent, des connotations qui me déplaisent, et qui, bien que sans rapport avec un projet littéraire peuvent lui nuire énormément en le faisant disparaître sous des controverses idéologiques sans intérêt. Il m'est arrivé de souhaiter être Albanais ou Bouriate.
D'un autre côté, je ne veux pas faire comme si la Corse n'était pas un élément constitutif de mes romans. Mais je refuse l'alternative qui consisterait soit à ne plus se référer à la Corse soit à vouloir faire de la littérature régionale. L'idée même de littérature régionale me paraît grotesque. Tout roman naît dans une région particulière, il le faut bien, mais son monde est, en droit, celui de la littérature tout court, sans adjectif. C'est là, et là seulement, qu'il doit être jugé. Je souscris totalement aux analyses de Milan Kundera sur ce point. J'ai traduit la plupart des œuvres de Marco Biancarelli non parce qu'il est Corse mais parce que la brutalité et la puissance de son style me paraissent uniques.

Voici donc mon désir: que les romans soient lus pour ce qu'ils sont. Si tel était le cas, je suis certain que la littérature prendrait naturellement en compte certains écrivains corses et j'en serai ravi mais je crains de ne pas être exaucé avant longtemps. »