Gitans Que restera t-il des gesticulations gouvernementales contre les Roms et les «gens du voyage» dans quelques semaines, quand l’agitation politique sera retombée, quand le gouvernement sera passé à une autre question d'actualité ? Poser la question, c’est y répondre.

Pour ma part, je suis convaincu qu'il n’en restera pas grand chose. En tout cas, rien qui puisse faire baisser la délinquance, aider les Français à vivre mieux ou renforcer le pacte social. Nous sommes d'ailleurs bien placés en Corse pour savoir combien sont odieux les amalgames et les stigmatisations collectives. Et pour mesurer combien les sentiments haineux et racistes compliquent la tâche des gens de bonne volonté.

Je tiens à préciser que refuser d'assimiler immigré et déliquant, ne signifie pas être laxiste ou refuser la fermeté contre les fauteurs de troubles, au contraire. Ce que je refuse, c'est de cautionner une politique délibérément provocatrice, destinée à masquer l'échec gouvernemental sur la sécurité, une politique qui ne résoud pas les problèmes des Français.

Sa stérilité peut d'ailleurs se mesurer au quotidien dans chaque parcelle du territoire. Pour ce qui nous concerne, à Bastia, je puis affirmer sans crainte d'être démenti qu'elle n'a pas fait avancer notre problème d'un pouce. Il reste entier et nous continuerons à oeuvrer pour le résoudre sans chercher des boucs émissaires.

Notre approche est toute autre, elle consiste à rechercher des solutions durables en prenant en compte les situations humaines et sociales de ces populations. Cela ne veut pas dire pour autant que nous avons une baguette magique et que nous sommes prêts à tout accepter pour loger les deux catégories de populations qui nous concernent, à savoir : les "gens du voyage" proprement dits et les populations en voie de sédentarisation.

Je passerai assez rapidement sur la question des "gens du voyage" car il s'agit plus d'un dispositif règlementaire, qui nous concerne comme toutes les communes de plus de 5000 habitants, que d'un vrai besoin local. Il concerne les populations qui se déplacent réellement, c'est-à-dire celles qui sont appelées à changer régulièrement de site pour des questions professionnelles, familiales ou religieuses. Le plan départemental de Haute-Corse prévoit la réalisation de 45 emplacements également répartis entre les 3 communes qui comptent plus de 5000 habitants dans l’agglomération : Bastia, Borgo et Biguglia. Bastia fera son devoir. Actuellement, un cabinet spécialisé a été missionné pour rechercher les sites adaptés.

Le problème est autrement plus complexe pour la cinquantaine de familles gitanes et manouches qui sont sédentarisées ou en voie de sédentarisation. Il s'agit de 160 personnes qui ne se déplacent plus régulièrement mais qui ne sont pas encore en capacité de vivre dans un habitat traditionnel pour des raisons économiques et culturelles. Ces familles, pour la plupart, résident à Bastia depuis plusieurs années, voire des décennies. Beaucoup sont citoyens bastiais de nationalité française. Cela nous donne des devoirs. Devoirs que nous avons déjà assumés en relogeant, avec plus ou poins de succès, plusieurs de leurs membres dans des logements sociaux traditionnels.

Elles sont aujourd'hui installées dans un secteur à vocation économique dans des conditions précaires et humainement très contestables. Elles sont donc appelées à être relogées rapidement. Majoritairement, elles souhaitent un vaste terrain sur lequel installer leurs caravannes et construire des maisonnettes individuelles. Autant le dire tout de suite, la commune de Bastia, dont le territoire est très exigu, ne dispose pas d'un tel site. A titre de comparaison, son territoire s'étend sur moins de 2000 ha quand celui d'Ajaccio en compte 9700 ! Les familles concernées devront bien admettre ces réalités et accepter des solutions de compromis si elles souhaitent se fixer durablement sur Bastia.

Des propositions vont leur être faites dans les prochains mois via la SEM Bastia Aménagement qui est en charge d'aménager la zone économique d'Erbajolo. J'augure qu'elles déboucheront sur un accord et une concrétisation rapide qui permettra d'entreprendre un vrai travail d'intégration au plan social, professionnel, scolaire et sanitaire. Surtout en direction des enfants et des générations futures. Car tel est notre devoir mais aussi notre éthique républicaine. Une éthique qui nous situe aux antipodes des rodomontades gouvernementales.