Itv explication vote foncier 5 juillet 2011Propos recueillis pas Hélène ROMANI

Comment s'explique la position de votre groupe sur la questiuon du foncier et du logement ?

Le groupe Gauche Républicaine n’a pas soutenu ce rapport, dont je salue pourtant la qualité globale,  car il comporte une mesure inacceptable : l’étude de la création d’un statut de résident ou de citoyen.

En quoi cette proposition, qui n’est pourtant pas nouvelle, est-elle à votre sens, inacceptable ?

Cette proposition n’est, en effet, pas nouvelle, elle figure au programme de Corsica Libera depuis longtemps. Notre rejet non plus n’est pas récent. Il a été largement précisé pendant la campagne électorale et rappelé encore tout récemment durant les assises du foncier. 


Nous n’avons pas besoin d’une nouvelle étude pour affirmer que pénaliser une partie des habitants de l’île en les privant du droit d’accéder à la propriété serait inefficace, illégal et surtout inacceptable au nom du principe d’égalité. Je m’en suis longuement expliqué à l’assemblée.

Cela reviendrait, quand bien même ce n’est pas le but poursuivi, à créer deux catégories de citoyens : les corses « de souche » et les « allogènes ». Ces derniers, pour l’essentiel originaires du continent, même « corses », ne seraient plus des citoyens à part entière !

Il ne s’agit pourtant que d’une étude qui n’engage à rien puisqu’elle doit déboucher sur un débat en 2012…

C’est bien là toute l’ambivalence de ce rapport et le danger d’une telle proposition. On se donne de l’air en reportant la décision à plus tard tout en continuant à mettre la solution statutaire au cœur du projet politique. Comment s’étonner si l’opinion publique finit par y voir la vraie solution à nos problèmes fonciers alors qu’il s’agit d’un remède pire que le mal ?

Voter une étude et son annexe faisant référence au statut de la Nouvelle Calédonie, n’est pas acceptable aujourd’hui, et ne le sera pas plus dans un an. Cela ne peut laisser la place à la moindre ambigüité.

Et comme je l’ai précisé en séance publique : quand on n’est pas d’accord, il faut le dire, il ne sert à rien de construire un consensus sur une union de façade

Vous étiez pourtant d’accord sur l’essentiel  du rapport…
 
Le reste du rapport était excellent et, comme les autres, j’ai loué le travail effectué par l’exécutif. Ces mesures sont amplement suffisantes pour résoudre nos problèmes fonciers sans recourir à des solutions anticonstitutionnelles.

Je l’ai rappelé lors de mon intervention en séance.

L’exécutif ne nous a pas permis d’exprimer un vote positif car le rapport a été proposé sous la forme d’une délibération unique qui comportait au milieu d’un ensemble de mesures positives, l’étude que nous rejetons.
Ne voulant pas être enfermé dans un vote global,  j’ai demandé dans un point d’ordre, en début de séance, la dissociation du rapport en plusieurs axes, ce qui a été refusé par l’exécutif. Ce refus a été confirmé par l’Assemblée de Corse qui a repoussé un de mes amendements allant dans le même sens

C’est un coup de canif dans le contrat de la majorité ?

En tant que membres à part entière de la majorité territoriale, nous avons jusqu’ici, avec beaucoup de discipline, exprimé notre solidarité sans faille avec l’exécutif et nous continuerons à le faire. Mais nous entendons conserver notre liberté d’exprimer nos différences lorsque des questions essentielles sont en jeu

Ne craignez-vous pas l’isolement dans un hémicycle largement favorable ?

Nous sommes peut-être limités dans l’hémicycle mais pas dans la société corse qui, bien que préoccupée, rejette ce type de solutions. Pour notre part, nous respectons notre programme électoral avec une position de fermeté qui a été , de surcroît, validée au cours d’une réunion de notre liste, le 14 mai, à Corté. D’ailleurs, Emile Zuccarelli a salué notre vote au lendemain de la session extraordinaire 

Ce vote signifie t’il que vous êtes fermé à toute évolution ?

En quoi construire une citoyenneté à deux vitesses est-il un progrès? Je n’approuve les évolutions que lorsqu’elles me semblent bénéfiques pour la Corse. C’est ainsi que nous avons voté au cours de la même session un rapport sur la fiscalité du patrimoine qui consiste, ni plus ni moins, à demander le transfert de tout ou partie de cette compétence à l’Assemblée de Corse. Des évolutions et des responsabilités oui, une Corse fondée sur des discriminations non !