Informateur corse copie Le 9 octobre dernier paraissait une interview proposée par Eva Mattei pour l'informateur Corse. Elle a choisi pour titre un bout de phrase "Je suis favorable à un dialogue franc et sincère" que je ne consteste pas. En revanche je suis obligé de faire un rectificatif sur mon âge puisqu'elle m'a rajeuni, comme le fait d'ailleurs le site internet de la ville de Bastia où elle a du "ingénuement" puiser l'information. Je n'ai donc pas 48 mais 49 ans et encore faut se dépécher pour le dire car j'atteins le demi siècle dans quelques jours !

 Vous livrez sur votre blog vos premières impressions concernant le lancement des Assises du foncier et revenez sur les interventions nationalistes qui, selon vous, ont quelque peu « terni cette journée ». La proposition d’organiser ces assises émane pourtant, à l’origine, des nationalistes, non ? 



La formulation de votre question pourrait suggérer que je mets en cause toutes les interventions nationalistes, or il n’en est rien ! Même si je nous ne partageons pas les mêmes convictions, je suis favorable au débat et au dialogue franc et sincère. D’ailleurs, il nous arrive de trouver des points d’accord sur plusieurs dossiers et je suis certain que nous en trouverons également sur cette question.

 Ce que j’ai dénoncé durant les assises et dans mon blog – www.francois-tatti.org – ce sont les propos menaçants et déplacés tenus par Edmond Simeoni à la tribune. J’ai tenu à protester car il me semble normal d’aspirer à travailler dans la sérénité, sans pressions d’aucune sorte. Que nous ayons unanimement accepté de travailler dans une configuration d’assises ainsi que l’a souhaité Corsica Libera, est positif ; cela montre l’ouverture de la nouvelle majorité, mais cela ne préjuge pas des solutions que nous retiendrons.

Je veux dire que la question du foncier et du logement n’appartient à personne, elle nous concerne tous. La majorité de Gauche en a fait sa priorité, comme elle s’y est d’ailleurs engagée pendant la campagne électorale ; elle a ses idées mais elle est décidée à les étudier toutes, pour prendre les mesures qui s’imposent dans l’intérêt des Corses. 

Sur ce même blog, vous dites ne pas être favorable à la création d’un statut de résident corse , sans pour autant préciser vos raisons . Pourquoi, au juste ?

Même si je n’y suis pas favorable, cette proposition fait partie de la confrontation d’idées que j’appelle de mes vœux, et c’est dans cet esprit que je donne mon point de vue. De quoi s’agit-il en fait ? Si j’ai bien compris, ses promoteurs souhaitent créer un statut de résident et imposer 10 ans de résidence en corse avant d’être autorisé à  y acquérir un bien, sauf pour les corses de l’extérieur qui ne seraient pas soumis à la même restriction.

Il va sans dire qu’au plan philosophique, politique et tout simplement au plan humain, je suis hostile à cette vision communautariste de l’avenir de la Corse. Mais sans entrer dans ce débat de fond et m’en tenant à la simple analyse technique, je constate que cette proposition est impraticable au plan juridique. En effet, il n’est pas possible, sans sortir de l’union européenne, d’interdire à quiconque de devenir propriétaire sur le territoire de l’union. Et même dans l’hypothèse invraisemblable où cet obstacle serait levé, il faudrait encore changer totalement notre droit constitutionnel et notre code civil, qui est attaché au droit du sol et non au droit du sang, pour permettre aux corses de l’extérieur d’échapper à cette restriction. On le voit les obstacles sont immenses et les spéculateurs ont de beaux jours devant eux si l’on s’engage dans cette voie.

Enfin, j’ajoute que cette mesure  ne freinerait pas la spéculation immobilière car elle serait très facile à détourner en utilisant des prête-noms en lieu et place des véritables acquéreurs. Ce faisant on renforcerait un peu plus l’économie souterraine et accessoirement le milieu qui n’est déjà que trop présent et puissant en Corse.

Vous évoquez par ailleurs des solutions « non discriminatoires » pour « résoudre la flambée des prix des résidences secondaires, à commencer par les SCOT et la fiscalité . Pouvez-vous préciser ?
 
D’abord je voudrais dire que la question du foncier et du logement ne se résume pas au problème de la spéculation. En priorité nous devons penser à loger dignement tous ceux qui ne peuvent pas accéder à la propriété en construisant des logements sociaux dans tous les territoires de l’île qui en sont dépourvus. Nous devons dans le même temps favoriser la production de terrains à bâtir pour développer l’accession à la propriété ; aujourd’hui seuls 55% des corses sont propriétaires de leur logement, ce n’est pas assez. Il faut également produire des terrains à usage économique en protégeant les terres agricoles et créant des zones à usage d’activités. Ces problèmes sont à la fois distincts et imbriqués et les réponses sont multiples.

Les réponses sont d’abord politiques et doivent se traduire dans les documents d’urbanisme à commencer par le PADDUC, mais aussi  dans les document communaux ou intercommunaux que sont les SCOT et les PLU. L’un des acteurs les plus importants du dispositif est le maire, et je souhaite que l’on l’incite à s’engager fortement en modulant l’aide régionale aux communes en fonction de la politique locale de l’habitat (PLU, SCOTT, logement social,…).

Il faut ensuite se doter des outils techniques régionaux de mise en œuvre tels l’établissement public foncier et une agence d’urbanisme régionale.

Je suis enfin favorable à l’étude de mécanismes fiscaux nouveaux. Je souhaite que l’on étudie une taxation additionnelle des résidences secondaires situées en discontinuité urbaine. Le but est double : freiner la spéculation immobilière et alléger la charge de la CTC en faisant mieux contribuer les propriétaires de résidences secondaires aux équipements publics (routes, stations d’épuration, déchets,…). Cette mesure ne devrait pas pénaliser les corses qui possèdent une maison au village car elle est, en général, implantée en continuité urbaine.

Concernant les arrêtés Miot je ne crois ni possible ni utile de les proroger en l’état comme le demande « femu a corsica ». Je préfèrerais que l’on travaille à une fiscalité successorale adaptée et dont les produits pourraient aller alimenter les caisses de l’établissement public foncier qui en aura grandement besoin si l’on veut qu’il soit efficace.

Vous vous êtes aussi largement exprimé sur la question du rapprochement des détenus politiques. Les annonces faites par le gouvernement sont loin de satisfaire tout le monde, d’autant qu’est apparemment prévue une fermeture de la prison d’Ajaccio pour travaux de rénovation, ce qui remettrait en cause les places disponibles à Borgo. Etes-vous toujours optimiste ? Croyez-vous à un résultat rapide et satisfaisant pour tous ?

Je suis effectivement favorable au rapprochement des détenus, et ce quel que soit le motif de leur incarcération, sans distinction, car il ne s’agit pas ici d’une problématique politique, mais bien d’une question sociale et de simple équité.

Michèle Alliot-Marie a pris des engagements très fermes et qui sont de nature à résoudre la plupart des difficultés. Je ne vois pas comment ils pourraient être remis en cause en raison de travaux sur la prison d’Ajaccio. A mon sens, il n’y a pas de raisons de mettre en doute cet engagement public qui pourra d’ailleurs être vérifié très rapidement dans les toutes prochaines semaines.

 
Autre dossier d’envergure sur lequel on a pu vous entendre : le dossier énergétique. L’opposition frontale au choix du fioul lourd n’est pas sans rappeler celle à laquelle vous avez été vous-même confronté avec l’incinérateur et à laquelle vous avez dû céder. Un commentaire sur ce parallèle qui peut être établi?

Les déchets et l’énergie sont deux dossiers difficiles et le parallèle s’arrête là ! En autorisant à Lucciana la construction d’une centrale au fuel dotée de moteurs pouvant fonctionner au gaz, le préfet de la Haute Corse a répondu aux 2 exigences posées par l’Assemblée de Corse, à savoir : garantir la sécurité énergétique de la Corse et respecter la santé des populations.

La phase transitoire au fuel lourd est un faux problème puisque Paul Giacobbi et Maria Giudicelli, allant plus loin que le préfet lui même, se sont  engagés à lancer immédiatement l’étude de la modification du stockage pour permettre l’utilisation du fuel léger dès la mise en service de la centrale si cela est nécessaire. Il n'est pas question pour nous de transiger sur la question de la santé, et nous assumerons donc nos responsabilités, comme nous l'avons fait pour le traitement des déchets.

Pour en venir au cœur de l’hémicycle régional et notamment à la tête des offices, vos propres explications et commentaires concernant la démission de la présidente de l’ODARC (certains ont notamment évoqué machisme et discrimination…) et du mini remaniement du gouvernement régional qui en découle ?

Je sais que c’est une question qui passionne mais à mon sens c’est un non évènement. Marie-Thérèse Olivesi a de grandes qualités et je suis certain qu’elle les mettra en œuvre dans d’autres secteurs de compétences de la Collectivité de Corse. Pour le reste, comme dans toutes les équipes, il faut parfois savoir faire tourner les joueurs pour que chaque individualité s’emploie là où elle est la plus efficace au service du collectif. En l’occurrence au service de la Corse.

Vous présidez la commission du développement économique, de l’aménagement du territoire et de l’environnement. Vaste chantier. Votre propre état des lieux, pour la Corse, dans ces trois domaines, leur articulation et le travail à fournir par la commission ?

C’est effectivement un vaste chantier mais il ne s’agit en aucun cas de marcher sur les plates bandes du Conseil Exécutif qui a la charge de préparer et d’exécuter les décisions de l’Assemblée. Les commissions travaillent sous la houlette du président Dominique Bucchini qui fait montre d’un réel talent pour diriger les débats et qui souhaite que les commissions « montent en régime » pour favoriser l’information et l’implication des élus territoriaux.

La Commission que je préside joue un rôle essentiel dans la préparation des débats au sein de l’Assemblée de Corse sur les dossiers sensibles tels que le PADDUC, les transports ou l’énergie, par exemple. Je souhaite que la commission étudie les dossiers dans leur globalité et en amont, en développant le travail de concertation avec l’exécutif et les différents acteurs concernés pour permettre d’élargir le socle majoritaire et construire des positions partagées ; cela est indispensable dans le contexte de majorité relative que nous connaissons. 

Votre sensibilité dit se sentir bien dans la majorité. Mais elle a aussi son identité. La ligne politique que s’est fixée votre groupe, comment la définiriez-vous ?

Nous avons été élus sur une plate-forme politique claire qui a été définie par Emile ZUCCARELLI et Nicolas ALFONSI. Nous portons une ambition de Gauche, nous combattons la précarité, le chômage et l’injustice sociale qui sévissent en Corse. En effet, nous ne pouvons tolérer que 20% de la population insulaire vive sous le seuil de pauvreté ! Nous voulons agir sur le logement, en nous saisissant de la question foncière, mais aussi sur le développement économique et l’emploi, et sans forfanterie, je pense que nous avons un certain savoir faire dans ces domaines.

Nous sommes humanistes, attachés aux valeurs républicaines d’égalité des citoyens, égalité qui est trop souvent bafouée en Corse. Nous croyons aux valeurs de solidarité et de fraternité entre les hommes et c’est pour cela que refusons le communautarisme dans lequel parfois on voudrais nous enfermer.

Nous avons une approche ouverte des problèmes, nous croyons au dialogue, à la discussion, mais nous voulons agir et obtenir des résultats concrets en évitant de remettre sempiternellement le couvert institutionnel qui a paralysé si longtemps la Corse. Pour autant, nous avons une approche pragmatique et s’il faut modifier la loi ou le règlement au service de la Corse nous y sommes favorables sans états d’âme ; le droit doit être au service des citoyens et non l’inverse.

Le regard que vous portez sur le travail effectué par les 2 conseillers exécutifs représentant cette sensibilité (Paul Marie Bartoli et Jean Zuccarelli) ?

Je porte un regard très positif sur leur action et leur début de mandat. Leur mission et leur type d’intervention sont différents, mais ils ont su s’en saisir pleinement. Paul-Marie BARTOLI est souvent sous le feu de l’actualité car il doit gérer des dossiers extrêmement sensibles. Il a su aborder le fond de ces questions de fort belle manière, et apposer sa marque dans la gestion de l'Office des Transports. Jean ZUCCARELLI, quant à lui, est parvenu en quelques mois à concrétiser d’importants dossiers, tel que le Plan de Formation Professionnelle, tout en remettant l’ADEC en ordre de marche. Ils sont aujourd’hui des pièces maîtresses de l’exécutif régional, je crois que la majorité et la population n’a qu’a s’en féliciter.

Personnellement, avec quels objectifs et dans quel état d’esprit entendez-vous assumer jusqu'au bout votre mandat de conseiller territorial ?

Après une période de vingt-cinq années de pouvoir régional de droite, le changement de majorité a suscité un immense espoir dans la population. Cela nous donne une grande responsabilité et si je voulais me résumer je dirai que nous n’avons pas droit à l’échec.

Vous n’êtes pas favorable à l’expérimentation des nouveaux rythmes scolaires. La « démission » d’un des quatre établissements candidats en Corse à cette expérimentation, semble vous donner raison…

 Le conseil d’administration du collège Lætitia Bonaparte a effectivement refusé cette expérimentation en mettant en avant le manque de moyens humains et matériels. C’est courageux, d’autant plus  que ce faisant il a irrité le recteur qui s’est permis de déclarer que c’était une « imbécillité ». Cette décision corrobore pourtant ma propre analyse, celle qui m’avait conduit à voter contre cette expérimentation au Conseil d’Administration d’un autre établissement dans le quel je représente l’Assemblée de Corse. Je crois qu’il s’agit plus d’une manœuvre politique du gouvernement, que d’une réelle volonté de développer le sport en y mettant les moyens nécessaires.

La Cour des comptes vient d’épingler la gestion de la collecte des déchets assurée par la Municipalité de Bastia à laquelle vous êtes adjoint, mettant notamment en cause une concentration de services au Syvadec dont vous êtes Président. Votre réaction ?

Je crois qu’il y a confusion. En effet, la Chambre Régionale des Comptes ne met pas en cause la concentration au Syvadec qui assure le traitement, mais l’existence de 2 intervenants, mairie et CAB, pour assurer la même compétence de collecte. Elle propose que ville de Bastia transfère sa compétence à la CAB, ce qui est prévu d’ailleurs. En réalité, la CRC soulève des problèmes réels de gestion des déchets à Bastia comme dans toute la Corse entre 2002 et 2007. Je ne puis que souscrire à son analyse. Jusqu'en 2007, date de création du Syvadec, la situation était précaire et Bastia n'échappait pas à cette règle. D’énormes progrès ont été accomplis ces 3 dernières années et il suffit d’aller sur le site de la ville de Bastia –www.bastia.fr – ou sur celui du SYVADEC – www.syvadec.fr – et y consulter les rapports annuels 2008 et 2009 pour s’en persuader.