Assemblee-de-Corse_pics_390Intervention de François Tatti, en qualité de Président du Groupe Gauche Républicaine à propos du rapport d'étape de la commission Violence.

Monsieur le Président, mes chers collègues,

En tout premier lieu, je voudrais remercier le président Bucchini pour avoir pris l'initiative de créer et d'animer cette commission.

Si nous sommes réunis pour évoquer à nouveau la question de la violence c’est qu'une autre évidence qui s’impose : le respect de la loi, le rejet de la violence sont des concepts dont l’apprentissage n’est jamais achevé, jamais acquis. Comme d’autres questions telles que par exemple, le combat pour la démocratie ou la lutte contre le xénophobie, c’est un travail, un ouvrage qu’il faut constamment remettre sur le métier.


L’abandon de la violence, de l'usage de la force, l’abandon de l’idée que l’on ne peut pas se faire justice soi même, et cela quelle qu’en soit la motivation, est un chemin long à parcourir. Il suppose que la société ait mis en place les dispositifs d’apprentissage, de dialogue, d’échange, de prévention et de gestion des conflits personnels ou collectifs. Que l’on ait adopté des instances et des modes de règlement admis par tous.
Afin que le droit remplace la force tout simplement.
Je suis conscient en disant cela que j’enfonce des portes ouvertes, que j’énonce des évidences et pourtant, il me semble que c’est un aspect que nous avons perdu de vue. Trop souvent nous avons délégué, abandonné à d’autres (justice, éducation,…) la responsabilité, le soin de transmettre cet idéal, de faire vivre cette idée.

Je crois que c’est le premier intérêt de la commission violence à laquelle j’ai participé avec mes collègues. Rappeler que c’est la responsabilité de tous, des élus mais aussi de chaque citoyen. Tout en précisant que si notre ambition est de réfléchir à l'ensemble de la problématique, notre devoir est d'agir concrètement dans notre périmètre de compétences. Car l'action de la CTC ne se confond pas avec celle de l’Etat, qui est seul responsable de l’exercice de la justice, du maintien de l’ordre, de la protection des victimes. Elle ne se confond pas non plus avec celle de l’éducation, avec celle de tous les autres lieux de parole et de conscience.

Quelles que soient les réticences des uns et des autres et parfois les miennes, je considère que cette commission a un intérêt.  Ne serait-ce que parce qu’elle permet de dialoguer et d'inscrire ce travail dans la durée.
Aussi je me réjouis que nous débattions aujourd’hui et pour la première fois de cette question difficile, dans le cadre d’un travail préparé en amont par une commission had-oc qui a travaillé pendant plus d’une année.
De ce premier travail je retiens que plusieurs thèmes font consensus, et que plusieurs autres nous séparent encore.
Notre groupe s'est impliqué et fait plusieurs préconisations dont certaines ont partagées et retenues.

En tout premier lieu, la création d’un observatoire régional de la criminalité et de la délinquance. Pour assister l'Assemblée en déterminant quels sont les faits violents qui posent problème en Corse et sur lesquels nous devons prioritairement agir ? Quels en sont les ressors et qui en sont les auteurs ou les victimes ? Ce besoin de connaissance peut nous conduire à demander le concours de chercheurs, de sociologues. D‘autant que l’observation des phénomènes montre aisément que les actions extrêmes comme les assassinats par exemple, ne sont qu'une des formes possibles de manifestation de la violence. Une société peut être extrêmement violente et muselée.

Un autre objectif prioritaire partagé : clarifier les règles dont l’imprécision engendre des rapports violents.
Lorsque la règle est imprécise ou ambiguë, elle ouvre la porte à la contestation et à la violence. L’exemple de la loi littorale est sans doute le plus frappant. Son ambivalence ouvre la voie à de nombreuses interprétations toutes aussi légitimes les unes que les autres et peut déboucher sur des menaces, rackets et pressions, notamment envers les maires, souvent en première ligne.
A cet égard, nos travaux sur le PADDUC, et notamment notre volonté de le rendre opposable aux tiers et aux documents d’urbanisme locaux, sont fondamentaux.

De même qu'il nous appartient de veiller au bon usage de l’argent public
La CTC, par les moyens financiers considérables qu’elle mobilise, par ses décisions réglementaires ou par ses choix, influe fortement sur la structuration de l’économie locale. Elle doit donc veiller à ce que ses décisions contribuent à la structuration de filières économiques saines, dans lesquelles l’économie souterraine ou criminelle n’a pas sa place.
Pour cela nous proposions de développer des moyens d’évaluation internes de nos politiques. Et de demander à la Chambre Régionale des Compte de développer des moyens de contrôle et d'investigation complémentaires.

Je précise que notre groupe n'est pas favorable à la création d’une nouvelle institution judiciaire pour la Corse cour telle la Cour Territoriale des Comptes proposée par Corsica Libera.

Agir sur la délinquance pendant qu’il est encore temps
Si la Corse n’est pas encore frappée par la délinquance comme certaines régions du continent, la situation se dégrade rapidement. La question de la drogue devient une question urgente. Il faut donc nous attaquer aux facteurs qui favorisent sa progression. Nous savons tous qu'agir pour l'emploi, le logement, l’éducation et la culture, permet d'enrayer ce phénomène. Nous devons réaffirmer notre pacte social républicain, fondé sur la solidarité et l'équité.
A ce constat, il nous faut ajouter la baisse vertigineuse des effectifs de police et de gendarmerie sur notre île, induite par la RGPP, qui ne permet plus de répondre à la montée de la délinquance « ordinaire » à laquelle nous assistons, et encore moins de mettre en place des actions de prévention efficaces. Nous ne pouvons pas accepter que l’État soit défaillant sur ses missions régaliennes. La réalité, très dégradée, de nos territoires, doit nous pousser à refuser ce désengagement croissant, et à exiger de l’État des clarifications sur sa politique de sécurité en Corse.

Enfin je veux citer l'action des élus, qui est l'une de nos propositions les plus emblématiques.
Notre groupe considère que les élus que nous sommes, devons avoir conscience que l’image que nous véhiculons, et les décisions que nous prenons, les paroles que nous prononçons ont souvent valeur d’exemple, et qu’il n’y a dans ce débat aucune place pour l’ambigüité.

Notre groupe avait souhaité que l’on puisse parvenir à une affirmation de principe de rejet catégorique et sans conditions de la violence par tous les groupes de l’Assemblée de Corse.  Nous pensons qu’il serait encore plus fort aujourd’hui et qu’une position publique de cette ampleur, enverrait un message de maturité et d’espoir immense à la population et notamment à la jeunesse.

Le fait que nous n’ayons pas pu dans notre propre assemblée condamner avec force et simplicité la revendication d’un assassinat par une organisation clandestine est une occasion manquée.
Il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous en prenons acte avec regret, mais nous ne renonçons pas et nous continuerons à œuvrer dans ce sens.
Et nous le faisons dans le dialogue, et sans diaboliser personne. Parce que nous voulons construire ensemble.

Je vous remercie.